Compagnie Pupella-Noguès Affiche LA LANGUE DE L’OURS

Texte : Mickael Glück
Mise en scène : Joëlle Noguès
Avec : Mercedes Garcia, Christelle Maison, Giorgio Pupella, Sacha Saille
Musiques : Victor Betti
Lumières : Myriam Bertol
Chorégraphie : Akiko Hasegawa
Décor : Décodiffusion
Machinerie : Thierry Furet
Costumes : Christine Regvoort

Coproduction : Théâtre national de Toulouse Midi-Pyrénées / Service culturel de la ville d’Auch – centre Cuzin (accueil en résidence) / Compagnie Pupella-Noguès
Avec le soutien amical et logistique de la Chartreuse – centre national des écritures du spectacle et du service culturel de la ville de Saint-Gaudens –-théâtre municipal
Michaël Glück a bénéficié de l’aide à l’écriture dramatique accordée par la DMTS

Mise en voix de la mémoire individuelle à la mémoire collective, face à l’oubli imposé

La marionnette, ce détecteur de sens, qui part d’abord du geste et du son

Daniel LeMahieu

Entre marionnettes, ours empaillé, photos et vidéos souvenirs

Sorties de boîtes bien rangées et numérotées, suspendues dans l’espace entre ciel et terre, accrochées au bruit des pierres qui les maintiennent parmi nous, les marionnettes deviennent ici un peuple. Elles apparaissent, disparaissent selon leurs propres règles, pour, sans concession, devenir des interlocuteurs exigeants et se faire entendre. Faites de matières fragiles -paille et papier noué-, entourées d’objets détournés -engrenages de machines à laver, mécanismes d’horloge – elles évoquent notre propre précarité. La lutte épique qui s’engage alors entre comédiens et marionnettes, est leur propre lutte pour sortir de leur “autisme”. Et, la vidéo et la projection de photographies, moment d’un présent figé, deviennent une trace “autre” dans cet univers de la mémoire.

Je ne suis ni un sujet ni un objet mais plutôt un sujet qui se sent devenir objet.

Roland Barthes, La chambre claire, notes sur la photographie

Ce jeu distancé que nous impose la marionnette, nous permet ainsi de “dire” cette mémoire douloureuse de Michaël Glück, avec humour et tendresse.

Je sais bien la difficulté de raconter l’homme en morceaux, l’ours dépenaillé, l’épreuve de la violence entre deux silex, l’un arme dans la main de l’histoire familiale, l’autre dans la main de l’histoire collective. Tenir la conjoncture entre les deux. Rendre lisible cela hors des références singulières pour que, à défaut même de raconter, cela au moins parle à tous.

Michaël Glück

Transport poétique, La langue de l’ours est une exploration au travers de notre langue-mémoire.

Marionnettes- fragiles gardiens, photos- traces d’un moment figé, accompagnent le Grand Ressasseur et ses Assistants dans ce Château- métaphysique de la Mémoire où les espaces se côtoient, se superposent et disparaissent, semblables aux mouvements des souvenirs.

En se colletant à la langue de Michaël Glück, à ce langage- identité, le travail théâtral, à la fois ingénieux, foisonnant et très structuré, va fouiller loin, profondément et de toute part.

De là cette capacité à nous faire pénétrer, dès les premiers moments dans un univers multidimensionnel, captivant et en perpétuel devenir.

A propos de Michaël Glück

De la musique de son écriture, il dit que c’est celle d’une basse. Une basse continue, tendue. Un violoncelle, peut- être baroque, peut- être de Bach et que c’est au lecteur à inventer les mélodies. Il affirme être un rêveur, mais un rêveur inquiet, un rêveur errant. On l’imagine, effaré au milieu de décombres d’une ville en guerre perpétuelle. Éternel survivant, éternel exilé, éternel témoin qui rend aux mots l’essence des drames anciens, présents et à venir. Au bord du gouffre, il chante une dépossession certaine, l’origine de toutes les tragédies, mais aussi l’émergence de quelques fraternités vibratoires. Pas facile de naître à la fin d’une guerre. Une guerre où des êtres, au nom de la race, de la pureté, de la religion ont tenté froidement, rationnellement, industriellement d’anéantir d’autres êtres. Pas facile de faire partie du camp des exterminés. Pour vivre alors, il faut en découdre, en découdre…avec la langue.

Dominique Aussenac, La Matricule des Anges, n°33

Presse

Mouvement, place aux écritures

Bruno Tackels, Cahier spécial n°14, 2001

Pendant tout ce mois de Juillet 2001, La Chartreuse s’est montrée fidèle à son esprit de croisements et de mises en relations avec d’étonnants brassages, entre textes et musiques avec “Mélodie 6”, entre écritures contemporaines et marionnettes, avec les premières “Rencontres Nationales de la Marionnette”, impulsées par l’association themaa. Depuis trois ans, la Chartreuse initie des chantiers de rencontres entre écrivains et manipulateurs. Loin de tous les ponctifs qui circulent encore sur la marionnette, on a pu voir à quel point la marionnette grandit quand elle trouve le texte juste, à sa mesure et pour sa scène. C’était tout particulièrement vrai pour le travail de la Compagnie Pupella-Noguès, embarquée dans les méandres de l’écriture douloureuse de Michaël Glück. Réjouissant de voir que l’écriture s’ouvre des chemins encore inédits.

À propos de La Langue de l’ours

Philippe Saunier Borrell, Théâtre municipal de Saint-Gaudens

Il nous faut connaître l’alphabet de nos souvenirs -pour écrire notre présent- en utilisant toutes nos langues languies de l’enfance, langues interdites, langues refoulées… Ne venez pas ici chercher un spectacle narratif avec une histoire bien lisible, évolutive, car vous ne trouverez ici qu’un grand puzzle éclaté, qu’ours déchiré, que fragments de mémoire à reconstituer. Ce spectacle d’objets qui joue la fragilité des marionnettes et des matières utilisées (papier froissé, paille, ficelle…) nous renvoie à notre propre précarité, tant que nous n’aurons pas fait notre devoir de fouille intérieure.

 

À propos de La Langue de l’ours

JAL, La Dépêche du Midi, 14 février 2001

Des images bouleversantes parce qu’elles touchent à notre intimité, des séquences d’une grande finesse où la manipulation provoque une émotion durable, une scénographie qui mêle le langage acquis, le langage senti, les acteurs autant que les personnages de ficelles, les trouvailles techniques et la créativité en scène, autant d’éléments qui font de La langue de l’ours un vrai spectacle de marionnettes, pour les grands enfants qui aiment retrouver leur monde intime.

Flash n°1096, 7-13 février 2001

Bien au delà de la commémoration et du seul ressassement de la douleur, la langue de l’ours (tu t’souviens) plonge dans les couloirs de la mémoire pour mieux construire l’instant présent et nous projeter dans l’avenir; elle explore le langage pour mieux qu’il nous appartienne et s’élance sans amnésie sur les traces de l’enfance, de l’exil et des souffrances irrésolues pour éclairer notre identité.