Kaissa Roulx Cutis Movet

Kaissa Roulx Compagnie Phénomène spongieux

Aujourd’hui on continue d’abîmer le monde. Des formes de vie s’éteignent, d’autres apparaissent, évoluent ou mutent. On voit à notre échelle humaine que nos corps bougent et s’ajustent en permanence. Notre corps est un terrain sur lequel des choses se passent.

En se mouvant et s’adaptant à son environnement, j’aime à penser que toute forme de vie est une résistance en soi.

L’ère de l’anthropocène nous fait écrire encore et encore de nouvelles fictions pour savoir qui on est, dans quel monde on vit, ce qui nous attend. Nos imaginaires brassent des scénarios apocalyptiques étranges. Je ressens le besoin, abreuvée de ces histoires démesurément centrées sur l’humain et sa survie, de questionner la place que l’on prend, de fait, dans le monde. Rebrasser des hiérarchies, pro- poser un terrain d’investigation autour de ce qui vit et de comment ça vit, la matière plurielle.

Ce projet de création est en gestation depuis 2022. Des expérimentations au plateau et en écriture m’ont permis de développer progressivement un univers précis autour de la thématique de la fin du monde. Ces recherches ont dessiné une esthétique théâtrale riche dans laquelle se mêlent jeu, masques, matière brute et marionnette. Par la création plastique et la recherche de plateaux, j’ai com- mencé à inventer des personnages, des êtres en mutation, protagonistes parmi d’autres dans cette pièce.

Ce travail commence par la mise en relation des corps organiques et de l’environnement figé. Dans un but d’adaptation, la matière vivante s’inspire du mode d’existence de la matière morte. On suggère la possibilité d’horizontalisation de ces derniers comme une solution fictionnelle à la survie “humaine”. Ce qui reste des êtres vivants dans cette fiction, devient un peu mort pour un peu moins mourir. Il est question d’un monde où la frontière entre vie et mort, organique et plastique devient poreuse. C’est alors que la pensée marionnettique se rend ici nécessaire : elle propose de donner aussi le focus à l’inanimé. Une forme d’attention qui nous aide à rendre vivant le non-vivant.

Avec cette base, on se demande ce que les corps traversent dans un monde en pleine décrépitude.

Quelle adaptation à un environnement extrême ? Est-ce qu’il faut disparaître si tout disparaît ? Pouvons-nous exister en se fondant littéralement dans la matière ?